Pour cette rentrée de septembre, notre équipe est partie à la rencontre de Memoco, entreprise implantée au cœur du LLN Science Park, et a tendu le micro à Jérôme Kervyn de Meerendré, Head of Growth & Partnerships. De ses collaborations avec des acteurs comme Elia et RTE, au développement du comptage digital, en passant par l’intégration progressive de l’intelligence artificielle dans ses métiers, partez à la découverte d’une entreprise dont les technologies se trouvent au cœur d’enjeux énergétiques de demain.
Pouvez-vous nous présenter Memoco en quelques mots : quelle est aujourd'hui son identité, sa mission et sa place dans l'écosystème énergétique ?
Memoco a été créée par deux ingénieurs industriels en 1982, et s'est positionnée au fil du temps sur les postes de haute tension en se spécialisant dans le comptage électrique, ou toute l’électricité entrant et sortant pour qu’un gestionnaire de réseau de transport puisse facturer. Depuis 2001, nous travaillons avec Elia, fournisseur de haute tension belge ainsi qu’avec son équivalent français la RTE, depuis 2009. Cette collaboration avec Elia, sur plus de 800 postes en Belgique, lui permet ainsi de refacturer plus d’un milliard d’euros par an.
Nous proposons donc des compteurs permettant la vérification des quantités de flux électriques, tout en jouant également le rôle d’intégrateurs chez nos clients. Nous produisons aussi des armoires de protection de type load-shedding permettant de couper des parties de réseaux électriques en cas de problèmes de fréquence.
A côté de nos activités liées aux postes de haute tension, nous développons aussi des projets IoT (Internet of Things) industriels, avec pour objectif de capter des données localement pour les rapatrier de manière centralisée et sécurisée sur des serveurs spécifiques et réaliser, entre autres, de la maintenance préventive. Dans ce cadre, nous fournissons aussi des services de monitoring de bâtiments et/ou du sous-comptage. Nous avons par exemple installé un peu plus de 200 compteurs à l’Axis Park, ainsi qu’au Monnet Innovation Center in BW, et faisons du sous-comptage pour tous les bâtiments de l’UCLouvain.
Aujourd’hui, nous sommes 24 employés. Huit personnes travaillent dans nos ateliers, dont 5-6 opérateurs se rendant directement sur site. Nous avons ensuite une importante « équipe projets » avec des profils spécialisés en électromécanique ou en ingénierie industrielle, analysant les besoins des clients, et définissant les solutions les plus adaptées pour ces derniers. Ces équipes mêlent hardware et software, afin de proposer une expérience complète aux clients.
Nos services impliquent une importante garantie dans le temps. Par exemple, les armoires proposées à Elia sont garanties 10 ans. Travailler avec d’aussi grands acteurs, avec des contrats s’étendant sur 8 ans, souligne aussi une marque de confiance de leur part. Cela fait presque 25 ans que nous travaillons avec Elia, et 18 ans avec RTE.
Memoco est née de la rencontre entre deux entreprises : Steel, active depuis 1982 dans le comptage énergétique, et GreenWatch, spécialisée dans le monitoring des énergies renouvelables. La rencontre initiale entre les deux structures n’a pas été des plus simples, avec une situation compliquée à l’aube de la période Covid et un rachat signé fin 2019. S’en sont suivies des années challengeantes afin d’aboutir aujourd’hui à un réel mix de mentalités gagnant.
Le comptage énergétique peut sembler très « invisible » pour le grand public. Pourquoi est-il pourtant devenu un enjeu stratégique, et comment le monitoring et le pilotage vont-ils transformer notre manière de produire et de consommer l'énergie ?
J’aime beaucoup le dicton « Mesurer, c’est savoir ». L’importance de mesurer avec d’importants niveaux de précision est essentielle dans les prises de décision de grandes structures comme Elia. Pour vous faire une idée, l’exigence de précision est 5 fois plus importante dans ces compteurs, que celle des compteurs que l’on peut retrouver dans nos maisons. C’est donc dans le meetering et son niveau de précision que se joue la différence entre « mesurer » et « monitorer ».
Memoco joue donc un rôle important en travaillant sur des infrastructures énergétiques critiques, avec des acteurs comme Elia ou RTE. Pouvez-vous nous expliquer concrètement ce que vous faites pour ces infrastructures et ce que cela représente comme niveau d'exigence en termes de fiabilité, de précision et de sécurité ?
Nous proposons différents types de services à ces deux acteurs, mais notre offre principale réside dans des armoires de comptage, comptant l’électricité entrant et sortant d’un réseau. Nous traitons des connexions internationales, avec de gros producteurs, ainsi que des connexions avec les gestionnaires de réseau de distribution – moyenne et basse tension avec environ 800 postes implantés en Belgique. En termes d’exigences, les cahiers des charges pour ces types de projets sont très fournis. Pour RTE par exemple, une part de 10% est liée à la durabilité : nos armoires sont réalisées à 50% d’acier recyclé et sont à 98% recyclables. Lorsque nous envoyons des armoires dans le sud de la France celles-ci prennent le train, et les questions de « life cycle analysis » et d’impact CO2 sont constamment mises en avant.
Une part des activités de votre entreprise réside également dans le développement de projets de R&D. Quels sont aujourd'hui les sujets de recherche ou les technologies qui vous passionnent le plus chez Memoco ?
Nous avons réalisé plusieurs projets R&D dans le cadre du plan Marshall du Pôle MecaTech, mais le timing de notre entreprise avec ceux des réseaux et communautés d’énergie au niveau industriel en Wallonie n’étaient dans un premier temps pas aligné.
Nous avons cependant un nouveau projet depuis un an et demi, parrainé par Elia et RTE, où nous développons la mise en place de nouveaux postes haute tension digitaux et ce à quoi ressemblera le « comptage du futur ».
Comment l’IA est-elle aujourd’hui intégrée dans vos métiers ?
Nous nous sommes posé la question de la compétitivité liée à l’IA, « si » et « comment » ces technologies pourraient travailler mieux que nous, mais la partie hardware et manuelle n’est pas encore gérée par l’IA. Avec notre équipe IT, nous utilisons ces technologies pour les aspects liés à la génération de leads d’un point de vue commercial, et nous testons des outils spécifiques à la vérification de code ou les traductions. Nous avons mis en place une roadmap pour l’année prochaine, afin de déterminer quel processus ou modes opératoires peuvent être automatisés. Nos équipes utilisent également un agent IA pour nous driller à la cybersécurité, mais nous parlons plus ici de différents « cas d’utilisation » spécifiques.
Quel est aujourd'hui, selon vous, le principal défi technologique auquel votre entreprise et le secteur énergétique doivent faire face ?
Une première série de défis importants est liée aux financements, à l’accessibilité et aux permis. La technologie diminue le « total cost of ownership » (coût total de détention), mais sans avoir un impact sur la robustesse et la durée de vie des machines. Néanmoins, si l’on commence à placer de plus en plus de cartes électroniques au lieu d’éléments mécaniques, certains risques à court terme tels que l’usure accélérée peuvent apparaître.
Memoco travaille aujourd'hui avec de grands acteurs de l'énergie et de l'industrie. Quelle place souhaitez-vous occuper demain dans cette chaîne de valeur et quels marchés, technologies ou géographies pourraient devenir de nouveaux relais de croissance pour l'entreprise ?
Dans le nouveau contrat signé avec RTE jusqu’en 2034, nous passons de l’approvisionnement de nos services de 2 à 5 régions sur les 7 qu’occupe RTE. Nous parlons ici d’une augmentation d’environ 40% de notre chiffre d’affaires. Un autre grand enjeu pour Memoco est de voir comment décliner l’offre proposée aux grands gestionnaires de réseaux, aux industriels et fabricants de machine.
Memoco est implantée à Louvain-la-Neuve depuis plusieurs années. Pourquoi avoir choisi cet environnement pour développer votre activité ?
Après être passé avec ma première structure au CEI, puis au Monnet Innovation Center in BW et à Wavre-Nord, nous sommes implantés dans notre bâtiment actuel avec Memoco depuis sa construction en 2011. Louvain-la-Neuve est centrale d’un point de vue géographique, avec des accès faciles pour nos clients français qui nous rejoignent directement en Thalys ou en Eurostar : nous apprécions cette facilité d’accès. Cet atout aide également à l’attraction d’employés venant tant de Bruxelles que du Brabant Wallon et de Wallonie en général. Le Parc scientifique, niché au cœur d’espaces verts offre un cadre fabuleux.
L’UCLouvain, avec une « aura technologique importante », propose également un environnement stimulant, auquel contribuent les entreprises du Parc scientifique qui nous entourent. Nous serions ravis d’ouvrir à plus de collaboration avec de nouvelles entreprises avoisinantes, tels que des acteurs liés aux technologies d’intelligence artificielle, ou à de nouvelles collaborations universitaires. Nous essayons de prioriser la proximité, et avons des contacts avec l’Administration de la Recherche de l’université. Nous sommes actuellement concentrés sur les développements liés aux comptages digitaux, mais serions ouverts à challenger ces questions avec des projets de recherche universitaires.
Historiquement, nous avons aussi eu de nombreuses expériences d’accueils de stagiaires de l’UCLouvain ou du MIT.
Si nous nous retrouvons ici dans cinq ou dix ans : à quoi ressemblerait Memoco dans votre scénario idéal ?
Toujours une entreprise humaine, plus digitalisée et automatisée. Nous aspirons également à plus de robustesse après la crise que nous avons vécues et des contrats avec de nouveaux industriels, complémentaires à ceux déjà réalisés avec Elia et RTE.
Quel message adresseriez-vous aux entrepreneurs et chercheurs de la Communauté du LLN Science Park ?
Je voudrais leur partager une expérience récente. Je me suis récemment rendu à Vaasa, en Finlande, dans le cadre du Pôle MecaTech, où la cohésion de la communauté entrepreneuriale m’a particulièrement marquée. Leur volonté, en étant accompagnés d’entreprises leader mondiales dans certains secteurs, est d’augmenter la part de gâteau globale de la communauté, et non de penser de façon individuelle. Ces entreprises utilisent le plus possible les services de proximités de leurs voisins, avec une vraie création de valeur ajoutée pour leur écosystème.
Dès qu’une entreprise voit une opportunité pour une autre entreprise de cette même communauté, elle la partage : ensemble, on fait la force. J’ai trouvé cet exemple positivement surprenant. Comment développer une chaîne de sous-traitance plus locale, collaborative et robuste ?
Merci à Jérôme Kervyn de Meerendré de nous avoir fait découvrir l’univers de Memoco, acteur clé des technologies de mesure, de monitoring et de pilotage de l’énergie, à la croisée de l’électronique, du software, de l’IoT de l’industrie et des infrastructures électriques.
Memoco accélère votre transition énergétique depuis 1982.
Experte dans le domaine du comptage intelligent, du suivi à distance et du contrôle des énergies, Memoco facilite la transition énergétique grâce à la création de solutions innovantes, technologiques, professionnelles, pragmatiques et durables.
►Vers la fiche de contact de l’entreprise