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    Bientôt une molécule anti-alcool pour soigner le cancer ?

    19/04/2019
    Disulfirame, une molécule cliniquement approuvée dans l’alcoolodépendance, démontre un potentiel anti-tumoral dont le mécanisme vient d’être élucidé par des chercheurs de l’UCLouvain et de l’UNamur. Une découverte porteuse d’espoir dans la lutte contre le cancer.

    La molécule de disulfirame (DSF), reconnue jusqu’à présent dans le soutien à la désaccoutumance alcoolique sous le nom commercial « Antabuse ® », arrêtera-t-elle un jour la propagation d’un cancer ? 

    D’ANTI-ALCOOL A ANTI-CANCER

    Le milieu scientifique s’intéresse au potentiel anti-cancer de la molécule anti-alcool disulfirame depuis les années 2000. Des chercheurs avaient déjà mis en évidence ses bienfaits, notamment sur la prostate et les tumeurs du sein, les deux cancers les plus fréquents chez l’homme et la femme. 

    Il restait à expliquer son mécanisme d’action pour franchir une nouvelle étape dans l’approche prometteuse de son réemploi en cancérologie. Grâce à l’UCLouvain et l’UNamur, c’est désormais chose faite.

    COMMENT DSF DIT « STOP » AUX CELLULES TUMORALES

    Les équipes du Louvain Drug Research Institute (UCLouvain), de l’Institut de recherche expérimentale et clinique (UCLouvain) et de l’UNamur, respectivement dirigées par les professeurs Raphaël Frédérick, Oliver Feron et Johan Wouters, ont mis à jour une découverte majeure grâce à une collaboration initiée dans le cadre de deux projets Télévie.

    Les résultats de leurs recherches, publiés fin mars dans la revue Scientific reports, valident sur base d’expérimentations cellulaires et après passage au crible de plusieurs centaines de molécules, que c’est le disulfirame qui bloque le plus efficacement une enzyme, la phosphoglycérate déshydrogénase (PHGDH), l’empêchant ainsi de produire la sérine, un acide aminé nécessaire à la prolifération des cellules tumorales.

    REPOSITIONNEMENT EN ONCOLOGIE

    La compréhension du fonctionnement du DSF sur le cancer, d’abord par l’étude de ses propriétés dans cette indication puis via des tests sur l’humain, ouvrira la voie à la création de nouveaux traitements médicamenteux en oncologie, faisant à son tour avancer la lutte contre le cancer.

    Une perspective d’autant plus réjouissante que la stratégie de repositionnement de la molécule prendra moins de temps et coûtera moins cher que de traverser toutes les phases cliniques habituelles de mise sur le marché (environ 10 à 15 ans du concept à l’autorisation de vente d’un nouveau médicament, 25% de plus en moyenne pour les produits de cancérologie), et ce dans un contexte global où le risque d’incidence du cancer s’accroît en même temps que la population mondiale et son vieillissement.


    Copyright photo : Flickr/juanpedraza/red red wine.


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