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    « Il va falloir apprendre à vieillir ». Discussion éclairante et passionnante avec Cédric Blanpain, chercheur et fondateur de Chromacure

    15/12/2020
    Retour sur le 6e podcast Hors Pistes du journal L’Echo. Il met à l’honneur Cédric Blanpain, chercheur-entrepreneur mondialement reconnu pour ses recherches sur le cancer et fondateur de la société Chromacure, récemment installée au LLN Science Park.

    Cédric Blanpain est un chercheur de l'ULB mondialement reconnu pour ses travaux sur le cancer. Entrepreneur, il a créé sa spin-off Chromacure, une biotech qui entend révolutionner les traitements dans ce domaine. La société a emménagé en juin 2020 sur le site Watson & Crick Hill du LLN Science Park.

    Le 6ème podcast Hors Pistes du journal L’Echo le met à l'honneur ce 1er décembre dans une discussion aussi éclairante que passionnante. C.B. aborde les pistes dans la recherche contre le cancer et le vieillissement, l’avenir du secteur biotech belge actuellement en plein essor ainsi que, situation sanitaire aidant, le rôle des scientifiques et des citoyens dans la lutte contre Covid.

    Les thématiques sont tellement intéressantes et d'actualité que nous vous proposons, au choix, soit d'écouter le podcast en entier (25 minutes) ou de passer un bon moment de lecture en notre compagnie avec ce résumé de l'interview.

    « LA PRÉVENTION EST TOUJOURS LA MEILLEURE SOLUTION DANS LE CANCER »

    La médecine personnalisée, c’est l’avenir.
    On a compris que les cancers étaient tous différents. La médecine personnalisée fonctionne déjà bien, mais pour un nombre limité de patients. On n’a pas encore découvert les vulnérabilités individuelles de chaque cancer, ni les médicaments assortis. Il reste encore beaucoup de chemin à faire avant qu’elle bénéficie à tout le monde.

    La prévention est toujours la meilleure solution. Il faut éviter les facteurs de risque, comme le tabagisme dans le cancer du poumon (le plus tueur), augmenter les facteurs d’hygiène et diagnostiquer de manière précoce, comme par exemple dans les cas de cancers du sein, de la prostate et de la peau. « Ce serait de la fantaisie de croire qu’on va pouvoir produire les médicaments en deux ans une fois qu’on découvre une maladie ».

    Prochaine étape dans la prévention primaire ? Comprendre les facteurs qui induisent le cancer et essayer de les éviter au maximum, ainsi que trouver les méthodes de diagnostic les plus précoces possibles pour enlever les tumeurs avant qu’elles se disséminent et métastasent. 

    « ON NE VA PAS ÉVITER DE VIEILLIR, IL VA JUSTE FALLOIR APPRENDRE À MIEUX VIVRE AVEC SON CORPS QUI VIEILLIT »

    La science permet de vivre plus longtemps. Les progrès en médecine ont fait gagner trente ans d’espérance de vie en un siècle. Et ce, grâce à la prévention des maladies infectieuses, l’augmentation de l’hygiène et la disponibilité des médicaments.

    Le vieillissement, conséquence de ce progrès. Bien que très étudié, il n’est actuellement pas possible de prévenir ou de ralentir le vieillissement. Les tissus et organes s’usent inexorablement avec le temps. Plus une cellule vit longtemps, plus elle se divise et a de chances d’engendrer des mutations liées à un cancer. « Des avancées importantes pourraient se produire, mais on n’entrevoit pas encore l’eau de jouvence qui donnerait une jeunesse éternelle ».

    Restriction calorique et exercice physique quotidien. Le seul facteur connu capable d’augmenter l’espérance de vie est la restriction calorique. Être maigre permet de vivre plus longtemps. Et l’exercice physique quotidien (renfort des muscles et des articulations) conserve la mobilité.

    « LE PARTENARIAT PUBLIC-PRIVÉ A ÉTÉ LA CLÉ DE VOÛTE DE LA RÉUSSITE DU MONDE DE LA BIOTECHNOLOGIE EN BELGIQUE »

    L'avenir à 10 ans de la biotech en Wallonie semble de très bon augure. Nous avons un écosystème exceptionnel, le marché est bouillonnant, plein de sociétés vont mûrir et passer à la vitesse supérieure, c'est-à-dire la production ou la commercialisation. « La Belgique est à la pointe de la création de sociétés biotech grâce à cela ! ».

    Maintenir le terreau fertile à la base du boom biotech belge. Les soutiens régionaux et fédéraux à la recherche ont permis l’émergence d’une multitude de biotech qui font la différence avec les pays limitrophes. « Ces politiques ont été extrêmement bien faites et là, pour une fois, on peut vraiment être fier de ce qu’on a accompli ! ».

    Le partenariat public-privé en clé de voûte. Le public injecte des avantages fiscaux (sociétés en voie de développement) ou des aides directes (subsides) qui sont contrebalancés par des fonds privés. Cela rassure les investisseurs dans leur prise de risque, d'autant plus que le secteur biotech requiert des temps de maturation plus longs.

    Sécuriser l’excellence académique. « Il faut une idée originale pour faire des choses intéressantes ». Un académique est, par définition, mieux préparé à l’inconnu (que l’industrie pharmaceutique), il doit se réinventer sans cesse, ne pas tourner en rond, c'est nécessaire à la recherche fondamentale.

    Vers une mentalité de chercheurs-entrepreneurs. Aujourd’hui, de très nombreux jeunes chercheurs souhaitent faire progresser la société en développant des produits, alors qu’ « il y a trente ans, il était mal vu pour un chercheur académique comme moi de se lancer et de faire une entreprise ! ».

    L’accès au marché boursier. Autre clé de la réussite belge, 25% du marché biotech européen serait coté à la Bourse de Bruxelles, « il faut continuer à encourager le public à investir dans ces sociétés ».

    « Je reste dans le monde académique à 95% ». Cédric Blanpain passe environ une demi-journée par semaine dans sa société. Un monde «fascinant », « régi par d’autres contraintes », dans lequel il amène un regard critique sur le développement. Pour ensuite mieux revenir à ses domaines de prédilection, à savoir la découverte et la recherche de base. « Pour la gestion quotidienne, il y a des gens qui font ça beaucoup mieux que nous ! ».

    « AUJOURD'HUI, AVEC LE COVID, JE TROUVE QU'IL Y A BEAUCOUP TROP D'EXPERTS »

    Avoir des scientifiques dans le débat public est une bonne chose. « En règle générale, ce sont des êtres rationnels qui utilisent les faits pour éventuellement conseiller les politiques à prendre les meilleures décisions ».

    Veiller au choix des experts. Il est « très important de faire le choix de gens intègres, intelligents, qui connaissent leurs dossiers, qui vont présenter les choses telles qu’elles sont » pour in fine « éclairer les politiques qui prennent les décisions ».

    Le débat scientifique fait partie du processus. La confrontation des idées va permettre l’émergence d’un consensus sur une question donnée. Toutefois, « est-ce que cette contradiction devrait être faite sur la place publique, je n’en suis pas sûr ! (…) On ferait mieux d’avoir un discours clair et simple ».

    Chacun devrait être redevable de ses propos. « Il y a autant d’experts que de gens dans la population, oui qui se croient experts et se permettent de prodiguer de bons conseils ». Les fake news ont des conséquences, « c’est criminel de dire aux gens ne portez pas de masque, ça ne sert à rien » ou « ne vous faites pas vacciner ». Sans tomber dans la censure, les plateformes devraient être plus strictes avec la diffusion de ces publications et les personnes instigatrices s’assurer de leurs sources et justifier leur avis.

    Vigilance sur la liberté. « Ma génération a été celle qui a bénéficié du plus de libertés que l'homme n'ait jamais pu avoir. Depuis une dizaine d'années, j'ai l'impression qu'on diminue les libertés, on invente des discours, on propage des mensonges… Il faudra être extrêmement vigilant pour ne pas s'enfoncer dans cette voie ».

    Covid a entravé la libre circulation des biens et des personnes. La mondialisation a permis de payer moins cher les médicaments en provenance de Chine ou d’Inde. En l’absence de stocks stratégiques, le virus a montré les effets de la pénurie. Faut-il pour autant changer complètement de modèle ? « Non, mais il ne serait pas idiot d'avoir au niveau européen une production de biens complètement indispensables, quitte à les payer forcément plus cher, pour être indépendant de pays comme l'Inde ou la Chine ».


    La société Chromacure s’est installée sur le site Watson & Crick Hill du LLN Science Park en juin 2020, voir la fiche entreprise dans notre annuaire en ligne. 

    Ecouter le podcast en entier (25 minutes) sur l'Echo. Copyright image : © Mediafin.


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