Crédit : UCL
    UCL

    Une bactérie cannibale contre la résistance aux antibiotiques

    23/02/2018
    Les chercheurs Johann Mignolet et Pascal Hols de l’Institut des Sciences de la Vie à l’UCL ont révélé le comportement cannibale de la bactérie intestinale Streptococcus salivarius. Ils envisagent d’utiliser la découverte pour produire de nouveaux traitements antimicrobiens.

    Jamais sans mes bactéries


    40 mille milliards de bactéries vivent en harmonie avec nous. La majorité réside dans le tube digestif et en particulier le côlon, régnant au cœur de ce que l’on considère aujourd’hui comme un super-organe, le microbiote intestinal. Ces dix dernières années ont révélé son importance pour la santé, mettant en lumière le rôle crucial des bactéries intestinales dans la digestion, l’immunité et même le fonctionnement d’autres organes.

    Chacun est unique en la matière. L’adulte possède une combinaison de 200 espèces bactériennes intestinales parmi un millier d’existantes, un capital transmis par la mère selon les conditions de la naissance qui se diversifie et évolue au gré des habitudes alimentaires, l’hygiène de vie et l’exposition aux substances chimiques et médicamenteuses. L’écosystème intestinal constitué de cette armada de micro-organismes unicellulaires pèse plus lourd que le cerveau, occupe la surface d’un demi-terrain de badminton et se classifie chez l’homme en fonction de l’appartenance à l’un des trois groupes prédominants ou entérotypes.

    Partant du principe que le déséquilibre du microbiote intestinal nuit à la santé, le préserver semble déjà possible avec une assiette variée et riche en fibres, une vie anti-stress ainsi qu’une vigilance accrue aux médicaments, car nous savons désormais que le recours à mauvais escient à des antibiotiques à large spectre accentue parfois gravement et définitivement le problème, augmentant la résistance naturelle des microbes et détruisant à son passage tous les microbes, bénéfiques comme nuisibles. Outre la prise de conscience collective, l’intérêt scientifique d’étudier les alternatives aux antibiotiques traditionnels devient un enjeu capital.

    Habemus Streptococcus salivarius


    En dévoilant ce 13 février dans la revue Cell Reports le comportement cannibale de la bactérie Streptococcus salivarius, les chercheurs Johann Mignolet et Pascal Hols de l’Institut des Sciences de la Vie annoncent une avancée majeure vers l’élaboration de nouveaux traitements antimicrobiens.

    Présente dans la bouche, la peau, le tube digestif, le pharynx et l’appareil génito‑urinaire, S. salivarius déploie dans le microbiote intestinal une double stratégie de survie observée séparément chez ses homologues et communiquée à ses congénères par la libération d’une phéromone spécifique. D’une part, elle informe du meilleur moment pour empoisonner les ennemies à coups de toxines tueuses et d’autre part, après l’attaque, elle leur vole leur ADN afin d’enrichir ses caractéristiques.

    Dignes d’une tribu cannibale, les luttes intestines de S. salivarius pourraient à l’avenir soigner le mal (bactéries pathogènes) par son mal (bactérie féroce envers l’envahisseur mais inoffensive pour l’homme). Concrètement, les chercheurs entrevoient deux champs d’application, à savoir des probiotiques ou compléments basés sur la bactérie contre les infections buccales et intestinales, et des traitements antimicrobiens fondés sur ses toxines pour vaincre le staphylocoque doré, la listeria, les entérocoques et les streptocoques causant caries et scarlatine.


    Une recherche menée par Johann Mignolet, chercheur postdoctorant dans le laboratoire du Professeur Pascal Hols à l’Institut des Sciences de la Vie de l’UCL, en collaboration avec Professeur Jacques Mahillon de l’UCL et Tom Coeyne de l’Université de Gand.

    Les chiffres sur le microbiote intestinal sont extraits de https://www.ncbi.nlm.nih.gov.


    Retour