UCL

    La grenade, une alliée contre la fonte musculaire

    14/04/2017
    Une étude récente du Professeur Marc Francaux à l’UCL démontre que l’urolithine B, une substance dérivée de l’écorce de grenade, freine la fonte de la masse musculaire. Cette découverte prometteuse pourrait ouvrir la voie à un nouveau traitement par complément alimentaire.

    Marcher, respirer, se tenir debout ou assis…ce sont nos muscles qui permettent tous ces gestes indispensables du quotidien. La masse musculaire est composée d’environ 700 muscles et représente à peu près 40% du poids du corps humain, en moyenne un peu plus chez les hommes que chez les femmes.

    Telle une entreprise du bâtiment, le tissu musculaire se renouvelle constamment, avec deux équipes qui se chargent de la démolition (dégradation des protéines) et de la reconstruction (synthèse). L’équilibre entre ces deux processus opposés est nécessaire au maintien de la masse musculaire. Quand la dégradation devient plus importante que la synthèse, cela entraîne une perte de la masse que l’on appelle fonte musculaire.

    Si la fonte musculaire peut provenir d’un événement malheureux, comme un cancer ou une immobilisation prolongée, elle concerne tout le monde car elle se renforce avec l’âge. En effet, « le corps vieillissant répond moins bien aux stimuli qui activent la reconstruction musculaire. La fonte musculaire est dès lors plus fréquente, plus difficilement récupérable, et donc aussi plus préoccupante. Un senior moins musclé est un senior moins mobile et, au final, moins autonome. D’où l’intérêt de faire du sport tout au long de sa vie ! », remarque le professeur Marc Francaux, responsable du Laboratoire de physiologie de l’exercice de l’UCL.

    A l’heure actuelle, trois stratégies existent pour contrer la fonte musculaire, à savoir la prise de médicaments, l’exercice physique, et l’apport d’acides aminés par l’alimentation ou les compléments. Certains médicaments tels les stéroïdes sont évités en raison de leurs effets secondaires, et l’exercice optimal est possible dans beaucoup de conditions, mais pas toutes. C’est pourquoi les chercheurs de l’UCL se sont tournés vers la piste des compléments alimentaires.

    L’acide éllagique, un polyphénol aux pouvoirs anti-inflammatoires et antioxydants, a retenu l’attention du Pr Francaux. Avant d’être absorbé par l’organisme, l’acide ellagique est transformé par les bactéries intestinales en urolithine, et il se trouve que la grenade, fruit réputé pour ses riches vertus antioxydantes, contient de l’acide éllagique dans son écorce.

    Grâce au financement de la Région wallonne et de l’entreprise Procell, le Pr Francaux a pu lancer les recherches. En étudiant les propriétés de la substance, les chercheurs ont découvert que l’urolithine B a un effet protecteur sur les muscles. In vitro, elle activait déjà la synthèse musculaire tout en freinant sa dégradation. Cela s’est récemment confirmé dans une étude in vivo chez la souris, où l’on constate un plus grand développement musculaire chez les rongeurs sains et une fonte de 20 à 30% moins rapide et en quantité moindre sur la patte paralysée de sujets dont le nerf sciatique a été coupé.

    Fraichement publiée (1), cette dernière étude prometteuse ouvre des perspectives d’un nouveau traitement à base d’écorce de grenade pour contrecarrer la perte musculaire, « sous la forme d’un complément alimentaire par exemple ». Mais plusieurs étapes restent encore à franchir. Il faudra d’abord prouver l’innocuité sur l’homme, rechercher les éventuels effets secondaires, étudier la métabolisation de l’acide ellagique en urolithine B, et déterminer la dose idéale pour que nos muscles en retirent un véritable bénéfice.

    (1) Rodriguez et al., « Urolithin B, a newly identified regulator of skeletal muscle mass » in Journal of Cachexia, Sarcopenia and Muscle, 2017.

    A propos du Professeur Marc Francaux : Détenteur d’une licence en éducation physique et d’un doctorat en physiologie de l’exercice à l’UCL, il fut responsable du département scientifique du Comité olympique et interfédéral belge (COIB) de 1988 à 1993 et président du département d’éducation physique, kinésithérapie et réadaptation de l’UCL de 2002 à 2005. Académique à l’UCL depuis 1993, il cumule depuis 2006 enseignement et recherche en tant que responsable du Laboratoire de physiologie de l’exercice. Il est actuellement leader du Groupe international de recherche en biochimie de l’exercice et vice-président du Centre d’aide à la performance sportive (CAPS). Il a été nommé en 2014 prorecteur aux affaires régionales de l’université.


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