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    L’UCL dit stop au diabète, à l’obésité et au surpoids

    23/12/2016
    Après quinze années d’écoute attentive des conversations entre l’intestin et nos organes, Pr Patrice Cani et son équipe du Louvain Drug Research Institute à l’UCL ont découvert une bactérie capable de freiner le diabète et l’obésité chez la souris : Akkermansia muciniphila. Qualifiés de « safe », les tests d’efficacité sur l’homme peuvent commencer. Les résultats sont attendus fin 2017.

    Le monde d’Akkermansia muciniphila

    Notre intestin, cette partie du tube digestif longue de plusieurs mètres qui participe à la digestion et renvoie au sang les nutriments au travers de la paroi intestinale, est peuplé de 100 000 milliards de bactéries qui forment ce qu’on appelle le ‘microbiote intestinal’. Mais nous ne les connaissons pas encore toutes. La bactérie Akkermansia muciniphila fut spécifiquement isolée pour la première fois de l’intestin humain par le Pr Willem de Vos à l’Université de Wageningen (Pays-bas), en 2004.

    C’est à peu près à la même époque que Patrice Cani, chercheur UCL et FNRS, investigateur WELBIO, diététicien, et déjà maître en sciences biomédicales spécialisé en nutrition humaine, présente sa thèse de doctorat, une étude qui confirme le rôle des bactéries intestinales dans le contrôle du poids et de l’appétit. Sa thèse prouve que le microbiote intestinal permet un dialogue entre le tube digestif et le cerveau. Le doctorat en poche en 2005, et un séjour à l’Inserm de Toulouse plus tard, il revient à l’Université catholique de Louvain diriger une équipe dans le groupe ‘Métabolisme et Nutrition’ du Louvain Drug Research Institute et poursuivre ses recherches sur les bactéries intestinales.

    Ensemble, Pr Cani et son équipe vont successivement prouver en 2007 et en 2013 que, d’une part, un régime riches en graisses diminue la présence de la bactérie Akkermansia muciniphila dans les cas d’obésité et de diabète de type II et que, d’autre part, l’administration de cette même bactérie vivante chez la souris malade joue un rôle bénéfique, réduisant fortement le poids corporel, renforçant la barrière intestinale, et protégeant contre le développement de l’obésité, le diabète, et les risques cardiovasculaires associés. Akkermansia vivante met un frein à l’obésité et au diabète chez la souris malade : c’est une première mondiale pour l’UCL !

    Du bricolage en laboratoire à la deuxième première mondiale

    Ce qui commença il y a presque dix ans par l’étude d’une bactérie intestinale avec les moyens du bord, sans budget, en ‘bricolant’ en laboratoire entre les prélèvements et l’animalerie, prend depuis 2013 un coup d’accélérateur. Les résultats des recherches, publiées dans de prestigieuses revues scientifiques, enthousiasment et attirent des financements plus conséquents, notamment un ERC-Starting Grant en 2013, un Grant for Medical Research du prestigieux Fonds InBev-Baillet Latour 2015, et un ERC Proof of Concept en 2016 (encore une première pour un chercheur belge francophone !).

    Avant de passer aux tests sur l’homme, l’équipe entreprend de pasteuriser la bactérie Akkermansia pour faciliter la production et la conservation sans perdre ses propriétés. A la surprise générale, Akkermansia pasteurisée est deux fois plus efficace qu’Akkermansia vivante! Chauffée à 70°, la bactérie se « nettoie » du superflu et met en évidence une protéine (Amuc_1100) sur sa membrane externe qui communiquerait avec notre organisme. Testée chez la souris, la reproduction par génie génétique de cette protéine présente les mêmes effets qu’Akkermansia pasteurisée, et elle renforce les défenses immunitaires en bloquant le passage des toxines dans le sang. La protéine Amuc_1100 multiplie l’efficacité par deux, et c’est une deuxième première mondiale !

    Cette découverte donne espoir dans une solution thérapeutique qui soignerait non seulement des troubles métaboliques tels que le diabète, le surpoids ou l’obésité, mais aussi l’inflammation de l’intestin observée en cas de stress, alcoolisme, maladie du foie ou cancer. Et, fraichement décoré officier du Mérite Wallon et receveur d’un Prix de l’Académie Royale de Médecine de Belgique, elle participe à l'entrée du Pr Patrice Cani dans la liste des chercheurs les plus cités en 2016.

    Premiers résultats sur l’homme attendus fin 2017

    Les tests sur l’humain ont commencé en décembre 2015 aux Cliniques universitaires Saint-Luc (UCL). Ils ont franchi la première étape cet hiver, à savoir qu’ils sont considérés non-dangereux et sans effets secondaires. L’heure est au recrutement de candidats sur www.microbes4u.be pour vérifier l’efficacité de la protéine Amuc_1100 d’ici la fin 2017.

    Les effets positifs d’Akkermansia vont-ils se confirmer chez l’homme ? L’équipe du Pr Cani ne peut le prédire, ils espèrent constater a minima une amélioration des paramètres connus, comme le taux de sucre dans le sang ou le cholestérol. Cela ouvrirait la voie à la production d’un médicament basé sur la bactérie d’ici cinq ans. Dans l’attente, plusieurs brevets ont été déposés et la création d’une spin-off est en cours. L’équipe s’est enrichie de l’apport de nombreux scientifiques, tant à l’UCL qu’à l’international, et de parrains de haut vol tels que Jean Stéphenne (ex-CEO GSK) et Jean-François Pollet (CEO et Fondateur de Novadip).

    Quels que soient les résultats, le marché attend de pied ferme. La progression des maladies métaboliques telles que le diabète, le surpoids et l’obésité a en effet de quoi interpeller. On constate 70% de cas de diabète en plus dans notre pays en dix ans. Avec 35% des belges actuellement en surpoids, 15% d’obèses et 18% de diabétiques, c’est plus de la moitié de notre population qui est concernée. A l’échelle mondiale, cela représente 2,9 milliards d’individus.

    Après quinze ans de recherche, c’est à notre tour de clamer la devise personnelle du Pr Cani : ‘In Gut We Trust’ ! (traduisez littéralement ‘Nous croyons en l’intestin’ ou plus subtilement ‘Nous faisons confiance à note intuition’, car oui, cette émotion prend aux tripes!).


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