Jean Crahay, CEO de JEMA. Copyright : Cible Communications.
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    JEMA, octogénaire et plus innovante que jamais

    07/11/2017
    Jema, unique société belge active dans le secteur des alimentations en courant continu haute performance, conjugue pour ses 80 ans d’innovations le passé et l’avenir en s’offrant un bâtiment et une œuvre d’art. Nous dressons à cette occasion le portrait de l’entreprise à travers les yeux de son CEO, Jean Crahay.

    La marche vers le courant continu haute précision




    « Un courant électrique parfaitement continu ne varie pas à plus ou moins d'un cent millième. »

    ​Fondée en 1937, la société JEMA capitalise sur 80 années d’expériences et innovations purement belges dans la mise au point de ce processus extrêmement précis et performant. Les transformateurs secs (produits bobinés) des débuts ont bien évolué depuis, cédant la place à une gamme de produits élargie et spécialisée au gré des collaborations en R&D et des progrès en électronique, numérique, et en électromagnétisme.

    Aujourd’hui spécialisée dans l’électronique de puissance, JEMA alimente les applications en courant continu dans des domaines technologiques exigeant un courant électrique stable et régulé. Initié dans les années septante, le grand virage vers ce marché de niche découle d’un partenariat inédit avec le Centre de Ressources du Cyclotron à l’UCL, piloté à l’époque par le futur fondateur d’IBA, Yves Jongen.

    Une évolution gravée dans les partenariats




    Vectrices de croissance, les innovations de JEMA s’inscrivent dans ses nombreux partenariats en recherche et développement, tant avec des entreprises à la pointe de leur secteur – notamment IBA et AGC, deux résidents du LLN Science Park – qu’avec les universités belges, et enfin, nous le verrons plus loin, au travers d’alliances momentanées en mode coworking.

    IBA : lancement du marché des accélérateurs de particules

    « Nous développons depuis 31 ans des alimentations en courant continu pour IBA. »

    Dans les faits, la collaboration commence en 1971, lorsque le chef technique du Centre de Ressources du Cyclotron à l’UCL, Yves Jongen, contacte l’unique société belge capable d’alimenter l’accélérateur de particules. C’était 15 ans avant qu’il fonde IBA, spin-off de l’Université catholique de Louvain devenue leader en protonthérapie, et société résidente emblématique du LLN Science Park.

    Au cœur de la technologie d’IBA, le fonctionnement de l’accélérateur de particules requiert une alimentation électrique constante et précise. Le courant continu est à la fois nécessaire pour rendre possible le processus d’accélération au sein d’un champ magnétique stable, et pour diriger avec une rigoureuse exactitude le faisceau à particules de la sortie de l’accélérateur vers la tumeur du patient – mesurée en millimètres – sans endommager les tissus sains environnants.

    Grâce aux solutions conçues pour IBA, JEMA s’est ouvert les portes du vaste marché des accélérateurs de particules, ajoutant à la liste de ses clients fidèles des acteurs médicaux d’envergure comme le laboratoire CERN en Suisse et son homologue japonais RIKEN. Toujours en croissance, ce secteur génère actuellement 70% du chiffre d’affaires.

    Mais rien n’arrête la course à l’innovation, pas même de solides acquis doublés d’un partenariat historique. La miniaturisation est d'ailleurs l'objectif des cinq dernières années. « Auparavant, nos alimentations [pour une solution de protonthérapie IBA] occupaient la totalité de cette grande salle de réunion. Nous en avons maintenant réduit la surface de 75 % » nous confie Jean Crahay.

     ScanArc : reverse metallurgy et torches plasma

    « Un four équipé de torches plasma peut atteindre plusieurs milliers de degrés en température, c’est bien plus qu’un incinérateur à ordures ménagères. »

    En offrant une seconde vie aux déchets industriels, le projet reverse metallurgy soutenu par le pôle wallon de compétitivité Mecatech promeut l’économie circulaire. Au départ de produits arrivés en fin de vie, on récupère les matières premières à forte valeur ajoutée grâce à un four de grosse puissance équipé de torches à plasma. Ce four peut atteindre des températures très élevées, et son usage nécessite une alimentation hautement puissante et régulée.

    JEMA a saisi cette opportunité pour proposer ses services à l’un des fournisseurs mondiaux de fours à torches plasma, le suédois ScanArc. Deux ans plus tard, après un premier projet de développement réussi, l’espoir d’un futur à l’image de la relation avec IBA est au rendez-vous. A la différence qu’ici, « les montants en jeu sont colossaux, l’alimentation d’une seule torche à plasma de 3 mégawatts représente déjà quelques centaines de milliers d’euros [certains fours en contiennent trois !] ». Si ce marché se développe bien, il pourrait surpasser celui des accélérateurs de particules.

    AGC : plasma coating

    A destination des bâtiments ou des voitures, le groupe verrier AGC surfe sur la vague des verres intelligents et à haute valeur ajoutée. Selon les qualités « smart » désirées – teinture, anti-reflet, hydrophobe, etc. –, on applique à la surface vitrifiée une à plusieurs couches de coating, chacune d’une épaisseur de quelques microns, par processus plasma. La production du plasma requiert une alimentation en courant continu, alternatif ou pulsé assez complexe, car cette dernière doit anticiper le phénomène d’arc électrique (éclairs dans le plasma comparables à la foudre par temps orageux).

    Le partenariat avec AGC entre dans le cadre d’un projet de recherche et développement commun cofinancé par la Région wallonne. En cours d’implémentation et essais dans les usines belges, les solutions trouvées pourraient, si les résultats s’avèrent probants, être intégrées dans les multiples sites du groupe à l’étranger.

     ALSTOM : produits bobinés du futur

    « Notre intention est de faire progresser notre gamme de transformateurs calibrés pour du 50 ou 60 hertz vers des produits désignés pour du 50 à 100 kilohertz (une fréquence 1.000 à 2.000 fois plus élevée). »

    JEMA conçoit les produits bobinés du futur en collaboration avec le leader mondial des systèmes de transport intégrés ALSTOM. Ces transformateurs à très haute fréquence et puissance vont faire évoluer la gamme produite à du 50 hertz vers du 100 kilohertz, un must absolu dans l’électronique de puissance aujourd’hui. « Grâce à ces fréquences nettement plus élevées, JEMA évolue dans son domaine, l’électronique de puissance, et la miniaturisation des composants, en taille et en poids, répond aux besoins de secteurs tels que celui des transports ».

    Les engins de transport électrifiés et la protection cathodique

    Les alimentations électriques équipent les processus concernés par la protection cathodique, c’est-à-dire la préservation des conduites métalliques, réservoirs à eau, gaz et carburant de la corrosion électrolytique causée par les courants vagabonds souterrains et générée entre autres par les réseaux électrifiés des transports en commun (tram, métro, train). JEMA fournit ces alimentations spécifiques à la STIB, SNCB, Tecteo, Vivaqua, et à l’intégrateur spécialiste Tube Meuse Protection (TMP).

    Les universités, de précieuses alliées

    Pour avancer dans la recherche et le développement, JEMA collabore aussi depuis de longues années avec les universités belges, entre autres avec le pôle en ingénierie électrique de l’UCL (Institute of Information and Communication Technologies, Electronics and Applied Mathematics - ICTM) et le laboratoire en électromagnétique de l’ULg.

    Un nouvel écrin pour continuer à innover




    Installée dans le Louvain-la-Neuve Science Park depuis 1990, JEMA fête cette année 80 ans d’innovations dans les alimentations de puissance et s’offre à cette occasion un nouveau siège dans la zone Einstein du parc scientifique. Inauguré le 19 octobre, ce bâtiment moderne lui permet de poursuivre son marathon vers l’excellence tout en faisant un clin d’œil (artistique) à son histoire.

    « J’avais en tête d’allier le passé et l’avenir de la société et Go m’a proposé de façonner un robot, symbole de l’avenir, qui travaille sur une de nos premières machines de soudage vendue dans les années cinquante, et qui s’intègre dans les figures de Lissajous marquant notre logo », commente-t-il en montrant l’œuvre d’art rétro-futuriste posée à l’entrée du site et signée par le sculpteur liégeois Go Jeunejean. « On construit en se basant sur l’expérience accumulée du passé, et le cœur de métier de JEMA, l’électronique de puissance basée sur l’innovation, est actuellement toujours composé d’un gros transformateur, qui évolue certes, mais que l’on retrouve dans cette machine de soudage. De plus, pour nos anciens qui ont côtoyé ces machines dans nos ateliers, c’est important qu’elle soit encore là ». Réalisé en quatre mois, le robot est composé à plus de 80% de pièces issues de l’atelier.

    Espace de coworking dédié à la R&D

    « Dans notre compétition industrielle actuelle, il n’y a qu’une seule chose de vraie : le time-to-market. Celui qui va le plus vite gagne et réussit à capter le marché. »

    Rester dans le time-to-market dans leurs secteurs de niche, tel est l’objectif de la PME. C’est même un impératif de survie, car si JEMA est la seule société en Belgique active dans son domaine, la concurrence à l’échelle globale est rude. Pour mettre les produits sur le marché au plus vite, il faut s’armer des meilleures ressources. Et bien souvent, une petite entreprise ne dispose pas de tous les moyens humains et financiers nécessaires à la réunion de l’ensemble des compétences-clés les plus récentes. Pour parer à cela, JEMA accueille un espace de coworking au nouveau siège. Ce bureau ouvert est propice à la formation d’alliances momentanées avec des clients, sous-traitants, fournisseurs, et tout expert utile à la réalisation d’un projet spécifique.

    Viser la croissance internationale

    « Notre terrain d’attaque est l’Europe. Cependant, nous devons être en mesure de suivre nos clients (européens) à l’international. »

    Au moins 90% des solutions partent à l’international : 25% en ventes directes, et le reste par intégration dans les applications de clients européens en phase d’expansion à l’étranger. Pour croître à l’échelle mondiale, JEMA doit d’une part multiplier ses contacts avec les laboratoires et les fabricants en équipements d’origine, et d’autre part développer une panoplie de services et de la proximité, prenant appui chemin faisant sur les plateformes chinoises, indiennes et américaines de sa société sœur liégeoise, CE+T Power.

    Gestion des talents, l’équilibre entre multiculturalisme et numérique

    « Ce que je déplore le plus, c’est que nous n’avons plus de ressources en électroniciens de puissance qui sortent de Wallonie. »

    Professeur émérite de l’UCL, Francis Labrique était un des derniers enseignants en électronique de puissance en Belgique. Il a pris sa retraite voilà deux ans. Or, chez JEMA, ce sont des ingénieurs électroniciens spécialisés qui créent et améliorent en permanence les solutions. Ils sont bien sûr accompagnés d’ingénieurs en informatique dans la gestion du data, la composante numérique demeurant primordiale dans la régulation et le contrôle des alimentations haute puissance. Depuis, JEMA engage davantage de ressources en provenance de l’étranger. Avec 9 nationalités parmi 35 personnes, le multiculturalisme au siège néolouvaniste et dans les relations avec les plateformes internationales de sa société sœur ajoute à la fois une diversité bienvenue et de la complexité à la gestion quotidienne.

    Dans la recherche de talents, la rareté des profils technico-commerciaux hautement spécialisés en électronique de puissance freine également la croissance. Face à cette difficulté, et pour conserver les contacts importants, l’entreprise implémente des moyens avancés de communication à distance avec les clients. Par le biais du numérique, elle privilégie ainsi les relations transparentes et facilite le transfert virtuel d’expertise. D’ailleurs, un nouveau site internet devrait voir le jour dans les prochaines semaines.


    Pour approfondir : qu’est-ce qu’un courant continu et à quoi sert-il ?

    En pratique, l’électricité distribuée dans nos maisons provient du courant alternatif. Sa fréquence, mesurée en hertz, symbolise le nombre de changements de sens du courant électrique, de la borne positive à la borne négative et vice versa, chaque seconde. En Belgique, la norme est de 50 Hz et + ou - 230 volts. Le passage du courant alternatif est d’ailleurs souvent représenté par une onde sinusoïdale.

    Dans le cas du courant continu, le courant électrique circule majoritairement dans un seul sens avec une tension constante et donc indépendante du temps, comme par exemple celle générée par une pile. Pour l’obtenir, il faut « redresser » le courant alternatif sur le transformateur et le « convertir » à l’aide de filtres électroniques, afin qu’il devienne parfaitement régulé, stable et continu.

    Il existe des situations particulières où l’utilisation du courant continu est préférable, pour des questions d’économie ou de stabilité, à celle du courant alternatif. Citons à titre d’exemples les installations électriques qui couvrent de très longues distances, sont enterrées dans les profondeurs sous-terraines ou sous-marines. Sur des trajets plus courts aussi, le recours au courant continu permet un réglage précis de la puissance, le transport et l’augmentation de grandes puissances, ou plus simplement l’amélioration des performances d’un réseau électrique.


    Un grand merci à Jean Crahay, CEO de JEMA, pour sa précieuse contribution à l’élaboration de cet article. Plus d’informations sur www.jema.be. Copyright images : Cible Communications (photos) et Open Classrooms (graphiques). Rédaction : Magdalini Ioannidis.


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